mercredi 23 janvier 2013

Hybrid Air : la solution bas CO2 pour relancer PSA avec de l’air comprimé

En me rendant hier à Vélizy, au centre de recherche de PSA pour une journée sur le thème de l’innovation, je savais qu'on allait parler de l’hybride abordable, mais je m’attendais pas du tout à découvrir une technologie utilisant l'air comprimé. A la surprise générale, le groupe a en effet révélé une technologie sur laquelle il a réussi à réserver le secret pendant deux ans. Sous le nom de code Ghost, le projet avait été inscrit aux Investissements d’Avenir et mené dans la plus grande confidentialité. C’est donc en grande « pompe », en présence du PDG Philippe Varin et d’invités de prestige* que le patron de la recherche Guillaume Faury a dévoilé le concept Hybrid Air. Un concept intelligent et qui tombe à pic pour relancer le groupe.


Non, PSA n’a pas cédé aux sirènes de MDI et n’a pas repris le concept de Guy Nègre autour du moteur à air comprimé**. En revanche, les ingénieurs de PSA et de Bosch ont eu l’idée d’appliquer une technologie éprouvée et déjà en vigueur dans les engins de chantier : celle de la pompe hydraulique. Elle sert à comprimer et à détendre de l'azote stocké sous forme gazeuse à 250 bars de pression et en circuit fermé. La solution est venue se greffer autour d’un moteur 3 cylindres essence (le 1,2 L fabriqué à Trémery). Plutôt que de stocker dans une batterie l‘énergie récupérée au freinage et en décélération, celle-ci est dirigée vers les deux réservoirs de gaz. Ponctuellement, l’air comprimé est utilisé pour fournir alors de l’énergie pour faire tourner les roues.


La bombonne centrale peut stocker jusqu'à 150 kilojoules d'énergie, ce qui correspond à 35 ml d'essence. Pas de quoi aller très loin. Mais, PSA table sur la fréquence de la séquence compression/décompression. Le système se recharge en moins de 10 secondes.


Pour arriver à faire fonctionner de concert le moteur à essence, les composants hydrauliques et l’air comprimé, le groupe français a dû concevoir une nouvelle boîte de vitesses automatique à trains épicycloïdaux, fonctionnant comme une CVT.


C’est le pilotage de la boite qui permet de mettre en musique ce concept (baptisé Powersplit par Bosch) et d’orchestrer les trois modes de fonctionnement :
Air : c'est-à-dire en mode zéro émission, de façon presque imperceptible mais réelle (entre 60 et 80 % du temps en ville)
Essence : sur route et autoroute, sur des plages optimisées
Mode combiné : il fait travailler à la fois le moteur et l’air comprimé (cycle urbain et route).

Voir la vidéo :



Grâce à cette solution, PSA arrive à réduire de 30 % la consommation sur le cycle normalisé et même de 45 % en ville. Appliquée sur un véhicule du segment B, du type C3 ou 208, elle fait chuter les émissions de CO2 à 69*** g par km. Soit une consommation de 2,9 L/100 km. Avec de telles valeurs, le groupe fait mieux que la Yaris hybride (79 g) et pour pratiquement moitié moins cher.
Deux voitures seront exposées (une Peugeot et une Citroën) au salon de Genève avec l'Hybrid Air.


Quelque 80 brevets ont été déposés autour de ce projet innovant. La technologie Hybrid Air va être développée avec l’aide de Bosch (fin connaisseur du monde de l’hydraulique en plus des composants automobiles) et de Faurecia, la filiale maison de PSA. Pas moins de 4 générations de prototypes ont déjà vu le jour et ont totalisé plus de 20 000 km (déjà un million en mode numérique).


Avec Hybrid Air, qui devrait apparaître sur le marché en 2016, PSA frappe un grand coup. Pour une fois, le constructeur français sort du diesel et propose à la fois une technologie robuste, qui ne nécessite pas d’infrastructure dédiée et qui peut s’exporter en dehors de l’Europe. Le groupe compte même sur elle pour attaquer les marchés émergents, et pourquoi pas l’Inde où Tata semble vouloir lancer l’air comprimé.

Voir le diaporama :



*Le Commissaire Général adjoint à l’Investissement (le commissaire est Louis Gallois, qui en tant que membre du conseil de surveillance de PSA, pouvait difficilement être là), le Président de l’Ademe et Bernd Bohr, qui est le patron de la division auto de Bosch.
**Contrairement à l’air comprimé de Guy Nègre, il n’y a pas de moteur dédié et la bouteille d’air ne doit pas être rechargée.
***L'un des prototypes a été homologué à 72 g à l'UTAC à Montlhéry.