mercredi 6 mars 2019

Voiture autonome : elle ne sera pas pour tout le monde

Si l'électrification est le thème principal de ce salon de Genève 2019, il y a eu hier une annonce marquante de la part du groupe PSA. Lors d'une discussion technique, le patron de l'ingénierie et de la qualité du groupe, Gilles Le Borgne, a évoqué la voiture autonome. Et cela a été pour dire que le constructeur n'irait pas au-delà du niveau 3 pour les clients particuliers. Une échéance que PSA situe à l'horizon 2024, et pour peu que les coûts soient acceptables.


L'annonce a de quoi surprendre, d'autant que le groupe avait souligné juste avant le succès de son système semi-autonome de niveau 2, adopté par un client sur deux sur la DS7 et la 508 (l'extension est en cours sur la DS3 Crossback et va suivre sur la nouvelle 208). Mais, si on réfléchit bien, c'est assez logique. La mise en place de capteurs va renchérir le coût des voitures (déjà impacté par l'électrification, qui est la priorité en raison de la réglementation sur le CO2). Et au total, on atteindrait un prix qui serait trop prohibitif. De plus, il faut savoir que, comme pour le véhicule électrique, il faut derrière un écosystème (avec des cartes HD, du cloud et éventuellement de l'infra connectée).

Le groupe PSA est le premier à faire ce genre d'annonce. Cela ne veut pas dire qu'il renonce à l'automatisation. Le groupe compte une flotte de 23 prototypes (jusqu'au niveau 5) et a parcouru à ce jour 180 000 km (170 000 en Europe et 10 000 en Chine). Il fait par contre le choix de réserver les niveaux supérieurs à des usages du type robot-taxi. Et il se trouve qu'un premier véhicule de ce type roule déjà en France, dans l'enceinte du centre de recherche de Vélizy. Il a été élaboré sur la base d'un Peugeot Expert.

Ce qu'a dit Gilles Le Borgne est en ligne avec ce que j'avais déjà entendu (et écrit) lors du CES de Las Vegas, lorsque le patron de ZF a annoncé que les niveaux 4 et 5 ne seraient pas à la portée des clients particuliers. La conduite autonome ne concernera dans un premier temps que les compagnies de transport public ou des exploitants de flottes.


A ce propos, ZF et son partenaire e.GO sont à Genève, où ils présentent la navette autonome e.Mover. Ce véhicule va être produit prochainement en série. Et ce sont des volumes plutôt conséquents qui se préparent avec une capacité de 10 000 véhicules par an, puis plus de 40 000. Les patrons de ZF et d'e.GO ont annoncé qu'il y avait beaucoup de demande dans le monde entier.

A la lumière de cette analyse, on ne peut que rester consterné devant les annonces de Tesla, qui promet du niveau 5 en fin d'année… En fait, la voiture autonome n'arrivera peut-être jamais pour les clients particuliers.