mercredi 2 février 2011

Mercedes entame sa tournée mondiale sur l'hydrogène

La firme à l'étoile a débuté ce dimanche sa tournée "F-Cell World Drive" qui, en 125 jours, doit traverser 14 pays et 4 continents. C'est un clin d'oeil aux 125 ans de la marque - célébrés en grande pompe samedi - et.... à ses débuts. Lorsque Karl Benz a déposé son fameux brevet en 1886 pour son véhicule à trois roues, sa femme Bertha devait aller chercher du carburant à la pharmacie du coin. On peut faire le rapprochement avec l'hydrogène, très peu répandu, même si la technologie de la pile à combustible est arrivée à maturité selon Mercedes. Trois exemplaires de la Classe B F-Cell (pour fuel cell : pile à combustible en anglais) ont pris la route depuis Stuttgart et ont entamé leur long périple de 30 000 km.


Voir la vidéo :



Le premier pays étranger concerné est la France, où les voitures se trouvent jusqu'à demain. Elles étaient hier à Paris, où Mercedes a convié quelques journalistes dont votre serviteur pour prendre en main la Classe B à hydrogène.


Pour moi, ce n'était pas tout à fait une première. J'ai déjà conduit plusieurs véhicules à pile à combustible (dont la Classe A F-Cell par exemple). De plus, j'ai même eu l'occasion au salon de Detroit de faire une prise en main de la Classe B sur la piste d'essai en sous-sol du show. Mais, c'est toujours mieux de faire un véritable essai sur route ouverte. De ce côté là, pas de souci. Mercedes a bien joué le jeu.


Nous avons pu en effet parcourir 138 km sur les routes d'Ile-de-France, testant les réactions de l'auto dans le trafic sur un itinéraire alternant autoroutes, nationales, routes de campagne et ville. Au démarrage, la Classe B F-Cell est comme une voiture électrique. Pas de bruit. Par la suite, c'est un peu la même chose, sauf que la pile à combustible se met en marche à partir de 11 km/h avec un très léger sifflement. Le tableau de bord permet d'afficher la répartition de l'énergie à bord du véhicule. En fonction des phases (accélération, décélération, freinage), on voit "qui" travaille, entre la pile et la batterie. Il est possible de récupérer fréquemment de l'énergie et de venir alimenter ainsi la batterie, qu'il n'est pas nécessaire de recharger.

Voir le diaporama :



Avec 100 kW (136 ch) et un couple de 290 Nm, la Classe B F-Cell est à l'aise dans le trafic. Elle monte sans souci à 130 km/h sur l'autoroute. C'est une vraie voiture, comparable en reprises à une 2 L essence (mais dont le rendement se rapproche plutôt d'un diesel consommant 3,3 L/100 km). Elle est bien équipée et fin prête pour la série.


Un petit détail amusant : on voit de la fumée se dégager du pot d'échappement. C'est en fait de la vapeur d'eau, qui par condensation (il faisait froid, - 1°C), dégage de la fumée blanche. Mais, je vous rassure : c'est bien une voiture zéro émission.


A présent, quelques mots sur la stratégie de Mercedes sur l'hydrogène. La marque a une vision très claire de l'avenir. Elle s'articule autour de l'optimisation des moteurs thermiques, l'hybride, la voiture électrique à batterie et la pile à combustible. C'est d'ailleurs la seule à ce jour à produire en pré-série les trois types d'électrification que sont l'hybride (S400 hybride en attendant la S500 "plug in"), l'électrique (Vito E-cell, Smart ED et Classe A E-cell aujourd'hui en test et dont le lancement est prévu en 2012) et l'hydrogène (Classe B F-Cell). Cette dernière va être construire à 200 exemplaires d'ici 2012 pour des tests auprès de vrais clients, avant un lancement officiel dès 2015.


Pourquoi Mercedes y croit ? Parce que, depuis ses débuts (le premier prototype Necar 1 remonte à 1994), la technologie de la pile à combustible a fait beaucoup de progrès. La firme à l'étoile est un acteur majeur, grâce à la structure Automotive Fuel Cell Corporation qu'elle détient avec Ford et Ballard, et qui produit les piles. Actuellement, le surcoût reste important (les voitures sont louées 950 € par mois pour une durée de deux à trois ans), mais l'objectif à terme est d'être au même prix qu'un hybride diesel. Pour information, le prix d'un plein d'hydrogène - à raison de 8 € le kg - revient à 32 € (hors taxes, car pour le moment il n'y en a pas) pour faire 400 km. Un chiffre qui devrait baisser dans le futur.



Le seul vrai point noir reste l'infrastructure. A ce jour, on ne dénombre que 200 stations dans le monde pour faire le plein. D'ailleurs, pour les besoins de la tournée, Mercedes a fait appel à son partenaire Linde pour assurer un ravitaillement mobile. Ainsi, un Sprinter a été converti en station-service roulante pour fournir de l'hydrogène comprimé sous forme gazeuse à 700 bars. La filiale France de Linde nous a précisé que la société opérait 70 stations dans le monde et que 15 000 pleins ont été réalisés à ce jour sans provoquer le moindre problème. Un plein ne prend que 3 mn.
Clairement, la  tournée "F-Cell World Drive" est là pour montrer aux médias que la technologie est prête. Et pour influencer les leaders d'opinion, qui ont à présent plutôt consacré la priorité à la voiture électrique, dans l'espoir d'un coup de pouce.